Les compétences psychosociales (CPS), souvent désignées sous le terme de soft skills, occupent aujourd’hui une place centrale dans les parcours d’insertion et de formation. Elles traversent les enjeux d’engagement, de persévérance, de coopération et, plus largement, de réussite des jeunes accompagnés en CFA, en Mission Locale ou au sein d’organismes de formation.

Pourtant, sur le terrain, les interrogations demeurent nombreuses.
Existe-t-il un référentiel officiel ? Comment intégrer ces compétences dans des emplois du temps déjà contraints ? Comment les évaluer sans tomber dans l’approximation ? Peut-on les certifier ? Et un jeune peut-il réellement les développer seul ?

Ces questions ont émergé à l’issue du webinaire « Les soft skills : un enjeu clé pour le développement des jeunes et leur insertion professionnelle », animé par Klara Kovarski, maîtresse de conférences à Sorbonne Université et chercheuse en neurosciences cognitives. Elles traduisent des préoccupations très concrètes des responsables pédagogiques.

Existe-t-il un référentiel officiel des compétences psychosociales ?

Il n’existe pas un référentiel unique, mais plusieurs cadres reconnus.

En France, le référentiel des compétences psychosociales proposé par Santé Publique France s’appuie sur les travaux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a défini dès 1993 un socle de compétences essentielles à la santé mentale et sociale.

Dans un autre registre, l’OCDE propose un cadre davantage articulé aux modèles de personnalité (notamment les Big Five), utilisé dans des travaux internationaux comparatifs.

Le programme européen Erasmus+ mobilise également le référentiel RECTEC (Reconnaître les compétences transversales en lien avec l’employabilité et la citoyenneté). Ce cadre vise à rendre visibles et évaluables des compétences transversales mobilisées dans des contextes variés : formation, insertion, mobilité, engagement citoyen. C’est dans cette filiation européenne que s’inscrit le référentiel Soft Skills de Gérip Compétences.

Autrement dit, il n’existe pas un standard unique, mais des cadres complémentaires. Leur pertinence dépend :

  • De l’âge des publics
  • Du contexte (scolaire, insertion, formation professionnelle)
  • Des objectifs pédagogiques poursuivis

Pour un responsable de formation, l’enjeu n’est pas de choisir “le bon référentiel” dans l’absolu, mais d’aligner le cadre retenu avec ses objectifs d’accompagnement.

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Comment intégrer les soft skills dans un CFA sans ajouter d’heures ?

C’est probablement la question la plus stratégique. Dans les CFA et les structures d’insertion, les plannings sont souvent saturés. Ajouter un module dédié aux compétences psychosociales n’est pas toujours envisageable.

L’enjeu ne réside donc pas dans l’ajout, mais dans l’intégration.

Les situations ordinaires de formation constituent déjà des espaces d’apprentissage. Un travail de groupe peut devenir un terrain d’expérimentation de l’écoute active et de la coopération. Une analyse de situation professionnelle peut favoriser la prise de perspective. Une régulation collective peut permettre d’aborder la gestion des émotions ou la circulation de la parole.

Ce qui fait la différence, c’est le passage de l’implicite à l’explicite.

Dans de nombreuses équipes, les compétences psychosociales sont déjà travaillées sans être nommées. Les identifier, les formaliser et les relier à des objectifs pédagogiques permet de structurer un véritable parcours de développement, cohérent et progressif.

Comment évaluer les compétences psychosociales chez les jeunes ?

La question de l’évaluation est centrale : toute action mise en place doit pouvoir être mesurée.

Il existe des échelles standardisées et validées scientifiquement, souvent utilisées en recherche. Lorsque ces outils ne sont pas directement mobilisables dans les structures, des outils internes peuvent être construits, à condition de respecter une logique méthodologique rigoureuse.

L’évaluation peut porter :

  • Sur des perceptions subjectives (questionnaires auto-déclaratifs, sentiment d’efficacité, confiance en soi…)
  • Sur des compétences plus opérationnelles (identifier correctement des émotions, analyser une situation relationnelle…)

Un principe reste déterminant : réaliser une évaluation en entrée et en sortie de dispositif afin d’observer les évolutions.

C’est dans cette perspective que le programme Soft Skills proposé par Gérip Compétences propose des temps d’évaluation initiale et finale. Cette double mesure permet d’objectiver la progression, d’ajuster l’accompagnement et de rendre visibles les effets de l’entraînement auprès de l’apprenant, des équipes pédagogiques, et des financeurs.

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Un jeune peut-il développer seul ses compétences psychosociales ? 

Les compétences psychosociales évoluent naturellement avec l’âge et l’expérience. Toutefois, comme pour les mathématiques ou la maîtrise du langage, l’accompagnement joue un rôle déterminant.

Mettre des mots sur les émotions, expliciter les intentions, analyser les situations relationnelles : le langage structure la pensée sociale. Sans cadre explicite, les apprentissages restent partiels ou aléatoires.

Un jeune peut progresser seul. Mais un développement structuré, cohérent et durable suppose un environnement éducatif attentif et intentionnel.

C’est précisément dans cette logique que s’inscrivent les parcours proposés par Gérip Compétences : offrir un cadre pédagogique qui explicite les compétences psychosociales, les met en situation et accompagne leur consolidation dans le temps.

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Comment développer concrètement l’empathie ?

L’empathie ne se décrète pas. Elle s’accompagne.

On distingue généralement l’empathie cognitive (comprendre le point de vue d’autrui) et l’empathie affective (reconnaître et partager, dans une certaine mesure, les émotions d’autrui).

Sur le plan pédagogique, cela peut passer par l’analyse de situations concrètes : que pense cette personne ? Qu’attend-elle ? Qu’essaie-t-elle de faire ? Ces questions, simples en apparence, structurent la capacité à adopter une autre perspective.

Une fois cette compréhension installée, le travail peut porter sur la reconnaissance des émotions et les modalités d’aide ou de réponse adaptées.

Avant de créer de nouveaux dispositifs, il est souvent utile d’observer comment ces compétences sont déjà mobilisées dans les pratiques quotidiennes, puis de les rendre explicites et progressives.

Peut-on certifier les soft skills avec des badges ?

Il existe aujourd’hui des dispositifs de reconnaissance, notamment les open badges, qui permettent d’attester l’acquisition de compétences transversales.

Cependant, comme cela a été rappelé lors du webinaire, les compétences psychosociales doivent être entretenues dans le temps. Elles fonctionnent un peu comme une pratique sportive : un niveau atteint à un instant donné ne garantit pas son maintien automatique.

Les badges reconnaissent donc une étape dans un parcours, pas une compétence figée.

Dans les parcours proposés par Gérip Compétences, des badges viennent valoriser les acquis à l’issue de la formation. Ils constituent une trace des compétences travaillées, tout en s’inscrivant dans une logique plus large d’accompagnement, de motivation et de consolidation des acquis.

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Les compétences psychosociales varient-elles selon les générations ou les cultures ?

Certaines dimensions des compétences psychosociales, comme la reconnaissance des émotions primaires (joie, peur, colère), semblent universelles. D’autres, plus complexes (la honte, la nostalgie, la mélancolie) sont davantage influencées par les contextes culturels.

Quant aux différences entre générations, les données scientifiques demeurent encore limitées. Si les comparaisons sont fréquentes dans le domaine des compétences cognitives, elles le sont beaucoup moins dans le champ socioaffectif. Il est donc difficile d’affirmer que les jeunes d’aujourd’hui auraient “moins” ou “plus” de compétences psychosociales que les générations précédentes.

(Re)découvrez les réponses à ces questions en vidéo !

Les réponses détaillées à ces questions sont accessibles dans la vidéo récapitulative issue du webinaire.

Vous souhaitez aller plus loin ? (Re)découvrez le replay complet du webinaire animé par Klara Kovarski, maîtresse de conférences à Sorbonne Université et chercheuse en neurosciences cognitives.

Consultez le replay

Cet article s’appuie sur l’intervention de Klara Kovarski, maîtresse de conférences à Sorbonne Université et chercheuse au LaPsyDé, organisée par Gérip Compétences en février 2026.

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