Dans de nombreuses structures d’insertion et de formation, la scène est familière.

Un jeune maîtrise les gestes professionnels. Il comprend les consignes techniques. Il réussit ses évaluations pratiques. Pourtant, quelque chose se fragilise en entreprise : difficulté à gérer la pression, tensions relationnelles, manque d’estime de soi, réactions inadaptées face à une remarque.

La rupture de parcours ne vient pas toujours d’un déficit technique. Elle vient souvent d’un déficit en compétences psychosociales.

Ce constat n’est pas intuitif. Il est aujourd’hui solidement documenté par la recherche.

Le marché du travail ne recrute plus seulement des savoir-faire

Depuis les années 1980, les recherches en économie du travail montrent une évolution progressive mais profonde : les métiers exigeant de fortes compétences sociales progressent, tandis que ceux reposant principalement sur des tâches techniques reculent (Deming, 2016 ; Guadalupe & Ng, 2022).

Comme l’explique Klara Kovarski, maîtresse de conférences à Sorbonne Université et chercheuse au LaPsyDé (Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Éducation de l’enfant) :

« Les compétences psychosociales ou les soft skills ont de plus en plus d’importance dans le monde de l’éducation et du travail. »

Les compétences techniques et mathématiques restent indispensables. Mais elles ne suffisent plus à garantir l’employabilité.

Elle précise d’ailleurs :

« Les deux sont importantes, mais les compétences sociales attirent de plus en plus l’attention ces dernières années. »

Pour les professionnels de l’insertion, cela signifie que la réussite professionnelle repose désormais sur un équilibre : expertise métier et capacité relationnelle.

Compétences psychosociales : de quoi parle-t-on exactement ?

Les compétences psychosociales trouvent leur origine dans les travaux de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 1994 ; 2003) et sont aujourd’hui structurées en France dans le référentiel par Santé Publique France.

Elles regroupent trois grandes familles :

  • Des compétences cognitives: pensée critique et résolution de problèmes
  • Des compétences émotionnelles: identification et régulation des émotions
  • Des compétences sociales: coopération, gestion des conflits et affirmation de soi

Elles sont transversales et s’expriment dans toutes les situations d’apprentissage et de travail.

Et surtout, elles jouent un rôle préventif majeur. Comme le rappelle la chercheuse :

« Les compétences psychosociales sont des compétences de prévention. »

Prévention du décrochage. Prévention des conduites à risque. Prévention des ruptures de parcours.

Une fragilité française qui interroge l’insertion

Les données internationales renforcent ce constat. Les enquêtes PISA (OCDE 2018) montrent que les élèves français figurent parmi les derniers en matière de confiance en leurs capacités et présentent des niveaux élevés d’anxiété scolaire. Leur capacité à coopérer est également inférieure à celle observée dans de nombreux autres pays de l’OCDE.

Ces fragilités ne disparaissent pas à l’entrée en formation professionnelle. Elles se traduisent parfois par un manque d’assurance en entreprise, une difficulté à travailler en équipe ou à gérer un conflit.

Par ailleurs, les inégalités socio-économiques restent particulièrement marquées en France. Les écarts de réussite scolaire se prolongent en écarts d’accès à l’emploi.

Dans ce contexte, Klara Kovarski souligne un point important :

« Les compétences psychosociales peuvent être un levier pour réduire ces écarts. »

Autrement dit, travailler les soft skills relève autant d’un enjeu d’insertion que d’un enjeu d’égalité des chances.

Une difficulté qui concerne aussi les équipes éducatives

Par ailleurs, cette question ne concerne pas uniquement les jeunes.

Les données TALIS (OCDE, 2024), qui portent sur les conditions d’exercice des enseignants, montrent que ceux-ci consacrent une part importante de leur temps à maintenir la discipline. Pourtant, seule une minorité déclare avoir été formée aux compétences socio-émotionnelles.

Les professionnels se retrouvent donc à gérer des situations qui relèvent directement des compétences psychosociales… sans toujours disposer des outils pour les travailler de manière structurée.

Ce constat pose une question centrale pour les structures d’insertion : comment accompagner les jeunes si les équipes elles-mêmes ne sont pas outillées ?

Klara Kovarski le rappelle clairement :

« Les adultes peuvent – et doivent – aussi travailler leurs propres compétences psychosociales. »

Les compétences psychosociales ne se transmettent pas uniquement par des contenus. Elles se modélisent dans la relation pédagogique, dans la manière de gérer un conflit, de réguler une émotion, d’écouter.

Former aux soft skills, c’est donc engager une transformation à la fois pédagogique et institutionnelle.

Un levier stratégique pour sécuriser les parcours

Intégrer les compétences psychosociales ne consiste pas à ajouter un module isolé dans un planning déjà chargé. Il s’agit d’un changement de posture.

Dans un groupe de formation, la gestion du stress influence la réussite aux certifications. En entreprise, la capacité à demander de l’aide peut éviter une erreur ou une rupture de contrat. Dans un collectif, la coopération conditionne le climat et l’engagement.

Les méta-analyses (Durlak et al., 2011 ; Cipriano et al., 2023) montrent que les programmes socio-émotionnels produisent des effets significatifs sur la réussite académique, le bien-être et l’insertion.

Autrement dit, ces interventions ne relèvent pas d’une intuition pédagogique : elles reposent sur des données robustes. Dans un contexte où la sécurisation des parcours et la réduction des ruptures constituent des priorités nationales, ces résultats prennent une portée stratégique.

Les compétences psychosociales contribuent notamment à :

  • Renforcer l’engagement des jeunes
  • Améliorer la relation avec les entreprises
  • Stabiliser les parcours
  • Développer une autonomie professionnelle durable

Elles constituent aujourd’hui un déterminant documenté de l’insertion professionnelle réussie.

(Re)découvrez l’intervention de Klara Kovarski

Pour approfondir ces enjeux, (re)découvrez l’intervention de Klara Kovarski et son éclairage scientifique. Ses travaux au sein du LaPsyDé mettent en évidence l’importance d’un accompagnement structuré, évalué et adapté aux spécificités de l’âge, du contexte socio-économique et des dynamiques collectives.

Cet article s’appuie sur l’intervention de Klara Kovarski, maîtresse de conférences à Sorbonne Université et chercheuse au LaPsyDé, organisée par Gérip Compétences en février 2026.

Découvrez comment Gérip Compétences aide au développement des soft skills

En savoir plus sur Gérip Compétences, Tremplin pour l’emploi

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture